Chapter 33 – pandemic.

„Le monde confronté à sa pire crise depuis 1945“, “Déjà 40 000 morts” – La Liberté

California may face 5,000 coronavirus deaths a week if social distancing eases too soon““Coronavirus has sidelined nearly 9,000 Homeland Security employees, report shows”, “Workers in ski masks are holding L.A.’s social safety net together” – Los Angeles Times

April 1, 2020

On est loin d’une mauvaise plaisanterie du 1er avril. Le monde s’est arrêté de tourner en l’espace de quelques semaines. Ce qui semblait de la science fiction tiré d’un film tel que « Outbreak » (1995) ou « Contagion » (2011), a rattrapé notre quotidien.

En fin décembre 2019, le nouveau virus qui est aujourd’hui connu sous le nom de Covid-19 est apparu dans la ville de Wuhan en Chine. On apprend par la presse, que la Chine ferme le marché Huanan Seafood Wholesale Market, où le virus aurait commencé, et qu’il y a eu un premier décès le 11 janvier 2020.

A ce moment-là, on voyait ça comme une banale information qui ne nous touchait pas; une brève en marge des informations. Online, des « memes » (une vidéo ou une image drôle ou bizarre sur des choses ou événements tendanciels) se moquaient de la proportion que prenait cette information dans les médias. 

Le virus a commencé à se déplacer dans d’autres pays : la Thaïlande (13 janvier), puis les USA (20 janvier). Le 23 janvier, la ville de Wuhan est placée sous quarantaine, mais pour nous, ça reste lointain et pas très alarmant. 

Le 24 janvier, on prend l’avion pour Los Angeles et notre attention est retenue par un autre problème qui nous touche plus directement : notre passage à la douane (qui finalement se passe très bien). Tout de même, malgré la distance du virus et l’impression générale que les médias dramatisent la situation, avant de prendre l’avion mes parents nous conseillent de trouver des masques médicaux pour nous protéger dans l’avion et à l’aéroport de Los Angeles, qui est très visité. Mon frère nous dit qu’on exagère. On hésite et on finit par oublier, trop occupés par les préparatifs du voyage. À notre arrivée, en faisant la queue pour la douane, je me souviens bien qu’alors qu’on se préparait pour l’éventualité d’être séparés, on n’était pas très à l’aise pour une autre raison. La queue à la douane était serrée et longue, et des passagers de nombreux avions venant d’Asie nous entourent, un grand nombre d’entre eux portent des masques médicaux (ce qui n’est en soit pas insolite en Asie). Le virus semblait ainsi être potentiellement tout autour de nous. Je me souviens d’avoir dit à plusieurs reprises à Vincent que l’on devait essayer de garder nos distances et de ne pas se toucher le visage. Mais après avoir passé la frontière, on a déjà tout oublié.

Les semaines suivantes, on reprend notre routine de travail, Vincent à Caltech et moi à la Huntington. Le premier jour de travail de Vincent, je lui dis de faire attention, n’étant pas très à l’aise. Caltech a beaucoup d’étudiants venant d’Asie, dont la Chine. Vincent me dit que je me fais des idées et que la probabilité de mourir d’un accident de voiture est plus grande que celle d’attraper le virus. Bon. Le soir, il me dit que sa collègue de bureau, chinoise, revient justement de Chine, qu’elle était même à Wuhan quelques semaines avant le début de l’épidémie. Mais finalement, le routine domine mes inquiétudes; on ne pense pas trop à ce virus qui envahit les médias mais plutôt à notre travail et aux prochaines fêtes ou spectacles auxquels on va assister.

Les événements en Chine font couler de plus en plus d’encre: début février marque les premiers morts en dehors de la Chine ; le bilan des décès en Chine dépasse celui de l’épidémie de SRAS de 2002-2003, avec 811 décès enregistrés (9 février).

Je suis de plus en plus inquiète et aimerais me préparer contre le virus mais ne sais pas trop comment. Vincent lui n’est toujours pas tourmenté par les événements. On part à Berkeley et on revient la semaine du 24 février (voir chapitre précédent). Avec des nouvelles de plus en plus alarmantes dans les journaux, je veux acheter des médicaments, du désinfectant et des masques (si j’en trouve, les masques sont déjà en pénurie sur les sites internet) et quelques réserves de nourriture mais Vincent pense que j’exagère. À ce moment-là, Vincent pensait qu’on aurait de toute façon tous ce virus, comme la grippe qui fait beaucoup plus de morts chaque année mais dont on ne parle pas autant. 

Le 29 février, le virus fait un premier mort aux USA. Cet événement pousse beaucoup d’américains à faire des provisions de masques, gants, désinfectant et médicaments. Les prix des masques en ligne sont faramineux (par ex. 300$ pour 10 sur amazon).

De retour à Los Angeles après notre escapade à San Francisco, j’ai un rendez-vous à Alhambra (quartier chinois de Los Angeles, ce qui m’inquiétait légèrement) chez un ophtalmologue pour des lentilles de contact (2 mars, suite d’un premier entretien en février). Je décide sur le chemin du retour de passer dans des pharmacies pour faire des provisions. Je trouve des vitamines, de quoi soigner un refroidissement (anti-douleur, etc.), mais les rayons de gants, masques et désinfectant sont complètement vides. Je fais 3 différents magasins – la situation est la même partout. Dans les semaines qui suivent et jusqu’en début avril encore, ces rayons restent vides. Dès le 1er mars, les magasins commencent à manquer de produits de première nécessité (pâtes, boîtes de conserves, etc.).

Target
Trader Joe’s (1er mars 2020)

Les semaines suivantes s’accélèrent. Je ne vais plus très souvent à la Huntington.

Vincent a été faire de petites courses le 4 mars. Les rayons de PQ sont dévalisés. Le panneau indique que les clients n’ont le droit qu’à deux paquets par personne/ménage.

De nombreuses manifestations sont annulées en Suisse: ainsi, le 4 mars, le Festival international de films de Fribourg (FIFF) annonce qu’il n’aura pas lieu cette année. Le 5 mars, le premier décès lié à l’épidémie en Suisse est annoncé dans le canton de Vaud. Le lendemain, le Conseil d’État édicte une directive relative aux manifestations, le document précise la question de la responsabilité des organisateurs, ainsi que les conditions et les critères pour les manifestations de moins de 1000 personnes (les manifestations ne peuvent être de plus de 1000 personnes).

En Italie la situation devient grave, 60 million d’habitants sont en confinement (8 mars).

Le 11 mars, le WHO annonce que l’épidémie est une pandémie. Le même jour, Trump interdit tout voyage en provenance de 26 pays européens. Pasadena enregistre son premier cas de coronavirus. En Suisse neuf postes-frontières avec l’Italie ont été fermés pour canaliser le trafic frontalier et faciliter le contrôle vers les principaux postes-frontières. Le 13 mars, une urgence nationale est déclarée aux États-Unis à la suite de l’épidémie.

En Suisse, le Conseillers fédéral a annoncé la fermeture officielle de tous les établissements scolaires dès le 16 mars jusqu’au 4 avril, si la situation ne s’aggrave pas d’ici cette date. Certains cantons (notamment Vaud, Neuchâtel, Fribourg et Valais) ont décidé d’étendre la fermeture des établissements jusqu’au 30 avril.

La maman de Vincent, enseignante, se retrouve ainsi à la maison. Une permanence de garde est mise en place pour les enfants (plus jeunes) qui ne peuvent rester à la maison. Elle en est finalement exemptée, vu que le papa de Vincent est une personne à risque. Les parents de Vincent ont acheté des équipements pour se protéger (combinaison complète avec masque). Mon papa, journaliste, travaille aussi depuis la maison (n’allant au bureau que pour faire l’édition) dès le 10 mars déjà.

A Pasadena, le 13 mars, tous les événements avec plus de 250 participants sont annulés. Toutes les associations annulent également leurs événements. Les musées à Los Angeles ferment (Getty, etc.), la Huntington reste quant à elle encore ouverte (même si tout rassemblement est annulé, dont la pause biscuits et café du mardi). Le vendredi 13 mars, je passe ma journée à la Huntington à scanner des livres en anticipation d’une éventuelle fermeture. Le soir même, celle-ci annonce qu’elle ferme à son tour jusqu’à nouvel ordre. On ne trouve toujours pas de papier toilette en magasin. Le lendemain, je vais faire des courses. En sortant de chez nous, je croise Marta avec Igor. Les deux se sont isolés depuis déjà une semaine et font leur balade quotidienne. À 10 mètres de moi, ils semblent mal à l’aise et me font la morale (sortir de chez moi, c’est me mettre en péril ainsi que tout l’immeuble). À Trader Joe’s, je découvre les rayons complètement vides: il n’y a plus rien, même plus de salade (14 mars). On évite donc les magasins pendant le week-end.

En fin d’après-midi, on se balade dans le quartier avant d’aller manger le soir à Granville (restaurant tout proche de chez nous). Sur le chemin, on croise notre ami le producteur, Frank, qui nous invite à aller voir un spectacle le soir-même. On décide d’y aller, après s’être tout de même demandés si ce n’est pas un peu risqué. Le spectacle se trouve de l’autre coté du centre ville de Los Angeles. En prenant l’autoroute, on réalise stupéfaits que celle-ci est vide. Normalement, les autoroutes passant par le centre ville de Los Angeles sont à toutes heures bouchonnées. Là pour la première fois, on roule. On met moins de 20 minutes pour un trajet qui en temps normal est deux fois plus long. Le spectacle, « Veils », parle du mouvement afro-américain des droits civiques aux USA en prenant la perspective des veuves ou mères des personnes assassinées. Il est produit par Courtney Baker-Oliver. Le théâtre était déjà fermé au public mais a décidé de maintenir la première représentation pour les gens proches des artistes (dont Frank fait partie). « Veils » est très émouvant, touchant un sujet très sensible aux USA (malheureusement presque pas enseigné en Suisse en cours d’histoire); beaucoup de spectateurs étaient d’ailleurs directement touchés par le sujet, l’ayant vécu. Après le spectacle, on rigole beaucoup: afin d’éviter les poignées de main, on se salue en se tapant les coudes (c’est la danse des canards). On reçoit aussi de quoi se désinfecter les mains et nos téléphones.

Veils.

Le 16 mars, on va faire des courses. Les magasins sont toujours très vides. On fait de notre mieux pour trouver des alternatives (ex. lait à base d’avoine). Comme les rayons sont vides, les magasins remplissent les trous avec des plantes, à peu près la seule chose non comestible du magasin (à moins qu’il s’agisse en fait d’une suggestion déguisée…).

Cette même semaine marque pour nous un grand changement: notre début du confinement. Il se fait progressivement. Je reste à la maison dès le 15 mars. Le lundi 16, Vincent reste à la maison (pour faire des courses et parce qu’il voulait simplement travailler depuis la maison). Le 18, Caltech ferme officiellement. Son groupe de travail n’est pas trop embêté par la situation, les meetings sont simplement remplacés par des appels sur Zoom (application) les mardi et vendredi.

Le 16 mars, le Conseil fédéral qualifie la situation en Suisse de « situation extraordinaire » au sens de la loi sur les épidémies, et approuve le recours à l’armée. En Suisse, dès le 16 mars à minuit, des contrôles aux frontières italiennes, allemandes, françaises et autrichiennes sont établis et l’entrée sur le sol suisse est partiellement interdite. Depuis ces quatre pays, l’entrée sur le territoire n’est plus possible que pour les citoyens suisses, les personnes ayant un permis de séjour ainsi que pour les personnes qui doivent voyager en Suisse pour des raisons professionnelles.

Le 17 mars, aux USA, un plan fédéral ayant fait l’objet d’une fuite avertit que la nouvelle pandémie de coronavirus durera 18 mois ou plus et pourrait se présenter en vagues multiples d’infections. L’Italie fait état de 475 décès dus au COVID-19, le plus grand nombre de décès en une seule journée depuis le début de l’épidémie. Le 19 mars, les journaux disent qu’il est déconseillé de sortir de l’Etat de Californie (pour des vacances par ex.).

Si nos vacances n’étaient pas déjà tombées à l’eau, elles le seraient à ce moment-là. Heureusement que Vincent, qui réserve toujours tout au dernier moment, ce qui m’exaspère, n’avait alors encore rien réservé. On planifiait d’aller à Hawaï fin avril (ou New Orleans) et en mai au Monument Valley, puis durant le cours de l’année encore Chicago et New York. J’ai l’impression qu’on me vole mes vacances.

Le 20 mars, on réfléchit sérieusement à rentrer en Suisse et on en parle à mes parents. Il n’y a presque plus de vol pour l’Europe et les vols directs vers la Suisse sont suspendus. Le billet ne coûte que $900 par personne allez-retour! On se décide finalement contre. On ne sait pas jusqu’à quand la situation durera mais on espère pour le mieux. Si ça se trouve on pourra encore un peu profiter des USA en été ou automne. Aussi, en voyageant, on risque d’être exposé au virus puis de le ramener à nos parents, qui sont plus à risque que nous. En soi je le suis aussi, étant asthmatique.

Le même jour, on va faire des courses, on espère trouver des rayons moins vides et du papier toilette. A Trader Joe’s, il y a une très longue queue pour entrer dans le magasin, qui fait le tour du bâtiment. Tout le monde attend sagement à 2-5 mètres de distance. On met 20 minutes pour rentrer. Dans la queue on aperçoit pour la première fois quelqu’un porter un masque à gaz. La moitié des gens portent une protection pour le visage (souvent des écharpes ou des masques en tissus). Nous, on va sans protection. On fait très attention à ne pas toucher notre visage et on se lave bien les mains après être allés au magasin. Les rayons sont un peu plus remplis et on trouve la plupart des produits dont on a besoin (souvent on trouve une alternative dans une marque que l’on achète pas d’habitude du même produit, ex. jus d’orange). Pour un grand nombre de catégories de produits, les achats sont limités à deux articles par ménage. Il n’y a toujours pas de papier toilette mais on trouve de l’essuie tout, ce qu’on utilise déjà depuis une semaine, à Target.

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La queue pour faire les courses à Trader Joe’s le 16 mars.
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La dernière mode à Los Angeles: un masque à gaz. Tendance et pratique, noir et élégant avec une touche de steampunk.

L’Italie enregistre à nouveau le plus grand nombre de décès en une seule journée au monde: 627 le 20 mars et 793 le 21 mars. En Suisse, le 20 mars, le Conseil fédéral interdit tous rassemblement de plus de 5 personnes, mais refuse de prononcer un confinement total comme dans les pays voisins. Les bâtiments de mon université en Suisse (Université de Zurich) sont fermés. A Pasadena, moins d’une dizaine de cas sont confirmés tandis que la Californie passe la barre des 1000 cas.

Le 20 et 21 mars, on s’organise entre amis, on organise un happy hour virtuel avec Allie et Patrick tous les vendredi à 14h. On voit Sarah et les deux autres Sarah de Belgique pour un cyber tea time. Sarah nous raconte que les étudiants en médecine à Bruxelles doivent aller bosser. Sarah est malade et pense avoir le virus mais n’est pas dans un mauvais état heureusement (fièvre, asthme). Valentin en Suisse malade comme ma maman (il s’avèrera qu’ils avaient une grippe/bronchite non liée). Les gens sont dès le moindre mal, moi incluse, tout de suite pris par l’idée « ça y est j’ai le virus ». Dans la rue, quand on éternue, on se sent mal, on pense que les gens croiront qu’on a le virus. De même si quelqu’un tousse ou éternue, je fais un bond de 10 mètres.

Le 23 mars, la ville de New York confirme 21 000 cas, ce qui en fait le plus grand épicentre de l’épidémie aux États-Unis. Le 26 mars, il y a approximativement 82 404 cas confirmés aux États-Unis. Les USA passent ainsi premier, dépassant les 81 782 cas de la Chine et les 80 589 cas de l’Italie. Le 27 mars, les autorités signalent plus de 558 500 cas confirmés de COVID-19 au niveau mondial, dont environ 431 000 cas actifs et en cours, environ 128 000 récupérations et 25 251 décès.

Le 27 mars, on retourne faire des courses (après une semaine). Il y a à nouveau plus ou moins tous les produits en stock, il y a à nouveau la queue et les magasins semblent mieux organisés (désinfectants à l’entrée, nettoyage des chariots). On fait deux queues (et on paie séparément) pour avoir un tout petit peu plus de lait et de jus d’orange. En revanche, toujours pas de papier toilette.

On va dans un nouveau magasin, pour mettre du piment dans notre nouveau quotidien (Super King Markets). Vincent y trouve du pesto Barilla !!! C’est d’ailleurs l’une des dernières sauces dans le magasin: on prend (presque) tout !!! Les personnes font beaucoup moins attention à garder là distance en revanche, ce qui ne me plait pas. Je me fais même bousculer. Chaque personne semble avoir sa propre idée de ce qui est dangereux ou comment se protéger. Plusieurs portent des masques, certains des gants, et quand on parle en français, certaines personnes font un bond de 10 mètres pour nous éviter (mettant à égalité: Européen = virus). La personne qui me bouscule s’énerve d’ailleurs une fois à la caisse, les 2 mètres de distance avec nous ne lui suffisent pas (le comble donc). La caissière, cachée derrière une plaque en plexiglas, veut également que l’on reste derrière celle-ci pendant la transaction. On range nos affaires nous même dans nos sacs (les employés le font en général pour nous aux US).

Le 28 mars, en Suisse, l’OFSP, annonce 13 213 cas testés positifs et le nombre de décès s’élève à 235. La Californie compte environ 5000 cas, dont une vingtaine à Pasadena.

Ce jour-là, on joue à l’ordinateur (Portal Knights), Patrick se joint à nous depuis la Grande-Bretagne. On se promène aussi pour la première fois dans le quartier pour prendre l’air et bouger. Je commence à avoir des migraines à cause du temps passé derrière des écrans (ordinateurs pour le travail ou les jeux, beamer pour les films, Kindle pour lire). On commence à organiser des alternatives, on commande par exemple des puzzles.

Les héros sur Portal Knights.

Le 29 mars marque notre anniversaire: on est ensemble depuis déjà 5 ans ! Pour fêter ça, comme l’année précédente, on décide d’aller se balader dans les champs de coquelicots qui sont en fleurs au milieu du désert, événement magique du printemps en Californie (flower bloom). Sur la route, on s’inquiète. Le site du parc annonce que le parking est fermé à cause du virus. Plusieurs parcs nationaux sont déjà fermés. Heureusement, à notre arrivée, on découvre que seul le parking est fermé et on peut se parquer le long de la route. On a de la chance ! Le lendemain, tous les parcs en Californie sont fermés. Le week-end suivant, tous les sentiers aux alentours de Los Angeles, Malibu etc. également.

Les champs de poppies à Anteloppe Valley.

Le soir, ne pouvant pas aller au restaurant, on se fait un dîner gastronomique à la maison pour fêter. Sur le chemin du retour des champs de coquelicots, on s’arrête à Glendale pour chercher un tiramisu dans une boulangerie (Porto’s). La commande se fait online. Sur le parking, on donne notre numéro de commande par la fenêtre et deux minutes plus tard, un employé nous tend le paquet. Shopping on ne peut plus américain, sans sortir de sa voiture. Certains doivent être contents! Oui, pour le gâteau, on a peut-être vu un peu gros. On a mis une semaine pour le dévorer.

« On a un tout petit peu craqué, non? – Pff, tu trouves? »

L’épidémie du coronavirus affecte fortement l’économie mondiale et les marchés financiers, les cours boursiers vivant leurs pires semaines depuis la crise de 2008.

Pour mon papa, étonnement il y a une hausse de travail. La vente des journaux est en augmentation; les gens veulent être au courant de ce qui se passe durant la crise. Est-ce que ça durera en revanche? A Los Angeles de nombreuses entreprises se réinventent et créent des masques en tissus.

Un autre effet se fait déjà sentir. Le virus a un impact positif sur la pollution. Comme tout le monde est à la maison, les voitures restent aux garages.

On le voit par des vidéos. A Venise, les canaux dont l’eau était noire lors de mes visites, est remplie d’eau claire et transparente. Des poissons reviennent les habiter. A Los Angeles, l’air est visiblement plus agréable à respirer. Le smog matinal (sorte de brouillard gris jusqu’à 10-11h le matin) est parti. Le ciel est également bleu clair avec des nuages blancs. Il n’y avait jamais de nuages visibles avant: soit il faisait grand beau, soit il faisait gris, mais uniformément. On voit aussi les montagnes beaucoup plus clairement.

Le 1er avril il y a environ 9000 cas en Californie, l’un des états les plus atteints, et 200 morts.

Le 1er avril, lors de nos courses suivantes, on trouve ENFIN du PQ à Target. Juste à temps pour les blagues. En réalité, c’est la première fois, que je n’ai lu à aucun endroit, ni entendu, de blagues du 1er avril. La situation est trop sérieuse. Lors des courses, on fait de grosses provisions, préparant une liste à l’avance et espérant tenir deux semaines.

Situation mondiale au 1er avril.

Le 7 avril, la situation s’est détériorée dans l’état de New York. Les infections augmentent rapidement. Au 7 avril, il y a 138’823 cas et 5489 morts (pour 16’954 cas et 442 morts en Californie). A New York, les hôpitaux sont surchargés, des camions de congélations sont utilisés pour stocker les cadavres en surnombre. Ces images font le tour du monde.

Au Brooklyn Hospital à New York (Image: Gulfnews)

Il y a tout de même aussi de bonnes nouvelles qui nous viennent d’un peu partout. Les gens se mobilisent les uns pour les autres. Certains jeunes vont faire des courses pour ceux qui sont à risque et ne peuvent sortir de chez eux. Les anniversaires se font par skype ou par sérénade depuis le jardin, les voisins se rencontrent et se lient d’amitié, des marchés sont improvisés pour soutenir les agriculteurs. Un bel example de cette solidarité sont les applaudissements pour les équipes médicales et autres employés qui travaillent pour le bien commun pendant la crise (policiers, caissiers, etc.), souvent quotidiennement à une heure précise dans de nombreuses villes, en Europe (comme en Suisse et Belgique) ou au Canada (d’après le frère de Vincent). Cette nouvelle coutume n’a pas encore trouvée son chemin jusqu’à Los Angeles. Le confinement amène aussi à se retrouver virtuellement. On a revu beaucoup amis ainsi, pour la première fois depuis longtemps, comme nos amis de la Huntington, rencontrés le printemps passé, avec qui on a fait les 400 coups (11 avril).

Ainsi, à Pâques, on fait aussi de notre mieux pour fêter tous ensemble en famille . Je regarde la messe en direct sur la RTS depuis mon lit, mes parents depuis leur canapé à l’autre bout du monde. Une réunion comme une autre. On partage, le lendemain matin pour nous (pour eux c’est déjà le soir), quelques moments ensemble avec nos familles sur skype. On appelle nos grand-mamans (Odile même par video chat!). Vincent et moi passons ensuite la journée à peindre des oeufs et à faire les puzzles qui sont arrivés la veille par la poste. On s’organise même une chasse aux oeufs à travers l’appartement: Vincent est le vainqueur et gagne un gigantesque oeuf en chocolat.

Dès le 13 Avril on commence à parler de possibles réouvertures aux US dans les médias. Les autorités de Californie semblent y être opposées et vouloir maintenir les mesures plus longtemps. Malgré les fréquentes interventions de Trump sur le sujet, le président n’a pas le pouvoir d’ordonner la réouverture d’entreprises, d’écoles et d’autres institutions. Il n’ordonne pas de fermeture, mais émet plutôt des directives. L’essentiel des décisions concernant le confinement est entre les mains des gouverneurs et des maires, qui, dans l’ensemble, ont été beaucoup plus réticents à fixer des échéances pour la réouverture. En outre, le retour à une activité économique normale dépendrait aussi de la confiance des citoyens à sortir en public, d’après le Los Angeles Times.

Le 17 avril, on retourne faire des courses. Les magasins semblent avoir mis en place des mesures plus efficaces et plus professionnelles encore. Porter un masque lorsque l’on sort faire des achats est désormais obligatoire. N’ayant pas de masques, on y va avec écharpe et foulard. Ca nous fait un look de cowboy-prêt-à-dévaliser-une-banque! On voit encore d’autres personnes avec masques à gaz. Pour être très efficaces, Vincent nous a préparé une liste de courses (pendant plus de 2h) contenant les plats et ingrédients nécessaires pour tenir deux semaines, et organisée selon l’emplacement des produits dans les magasins ! Voilà ce qui se passe quand on laisse un scientifique faire une liste de courses. (Il a si bien joué son coup qu’après une semaine, on a déjà cinq jours de retard sur le menu qu’il a préparé et on tiendra ainsi sûrement trois semaines au lieu de deux.)

HOLD UP
Indications devant Trader Joe’s le 17 avril.

J’ai beaucoup de travail, ayant une deadline pour la mi-avril pour mon travail avec mon cours à Berkeley. Vincent, lui, a le blues du corona. Moins efficace au travail, il me soutient en me préparant des petits plats et en relisant mes textes. Le weekend du 18 et 20 avril, on passe notre temps à papoter! Le samedi matin on skype avec Val, Magda et Luca. Val et Magda nous annoncent que leur mariage est repoussé à cause du virus. Le soir, on va dans la cour intérieure de notre bâtiment, boire un verre avec nos amis et voisins qui vivent à la même adresse (en gardant nos distances évidemment), puis on se fait un video chat avec Aude et Quentin pour un apéro. Le dimanche, on participe à un grand appel coordonné surprise pour Nicolas, qui fête ses 30 ans ! On apprend que Nicolas est mobilisé par la protection civile en Suisse pour peler des patates dans un home pour personnes âgées. Voilà notre nouvelle vie sociale transformée par le Covid. Le 20 avril, on reçoit également quatre masques de Caltech.

Le 20 avril, un tweet de Trump annonçant la suspension de toute immigration aux Etats-Unis crée un vent de panique parmi beaucoup d’expatriés. Finalement, il s’agit d’un gel de 60 jours pour les immigrants cherchant à obtenir un statut permanent aux États-Unis, le but étant de favoriser les demandeurs d’emploi américains »

Depuis mi-avril, les USA voient de plus en plus de manifestations contre le confinement. On voit régulièrement passer des articles qui prouvent de l’idiotie de certains durant cette période difficile. Il y a par exemple un boycott sur la bière Corona, qui porte malheureusement le même nom que le virus. Il y a aussi une théorie du complot qui suppose que le virus est lié à l’utilisation de la 5G. Dans la meime veine, les journaux relatent sans cesse les nouvelles absurdités que Trump aurait dites, par exemple ses conseils médicaux pour s’injecter de la lumière UV ou du désinfectant pour lutter contre le virus (tiré d’un article de la BBC):

« So, supposing we hit the body with a tremendous – whether it’s ultraviolet or just very powerful light“, the president said, turning to Dr Deborah Birx, « and I think you said that hasn’t been checked but you’re going to test it. (…) And then I said, supposing you brought the light inside of the body, which you can do either through the skin or in some other way. And I think you said you’re going to test that too. Sounds interesting, » the president continued. »And then I see the disinfectant where it knocks it out in a minute. One minute. And is there a way we can do something like that, by injection inside or almost a cleaning? (…) So it’d be interesting to check that. (…) I’m not a doctor. But I’m, like, a person that has a good you-know-what. » Donald Trump, durant une conférence de presse le 24 avril 2020

Trad. « Donc, supposons que nous attaquons le corps avec une lumière énorme – qu’il s’agisse d’ultraviolets ou simplement d’une lumière très puissante », a déclaré le président, se tournant vers le Dr Deborah Birx, « et je pense que vous avez dit que cela n’a pas été vérifié mais que vous allez le tester. (…) Et puis j’ai dit, en supposant que vous ameniez la lumière à l’intérieur du corps, ce que vous pouvez faire soit à travers la peau, soit d’une autre manière. Et je crois que vous avez dit que vous alliez tester cela aussi. Cela semble intéressant », a poursuivi le président, « et puis je vois le désinfectant où il l’assomme en une minute. Une minute. Et y a-t-il un moyen de faire quelque chose comme ça, par injection à l’intérieur ou presque un nettoyage ? (…) Ce serait donc intéressant de vérifier ça. (…) Je ne suis pas médecin. Mais je suis une personne qui a un bon tu-sais-quoi. »

Cette semaine, on se balade régulièrement et pour mettre un peu de piment dans nos vadrouilles de quartier, on installe les applications Pokemon Go et Ingress sur nos téléphones. Ce sont des jeux avec réalité virtuelle – il faut donc marcher dans la vraie vie pour activer certaines choses dans le jeu. On se promène ainsi non loin de la maison, dans un parc en faisant plusieurs allez-retour devant une rue ou se trouvent quelques personnes. L’une d’entre elles, un homme qui semble être un sans-abris s’approche de plus en plus de nous, et finit par avancer sur Vincent et lui tousser intentionnellement dessus. On s’éloigne immédiatement et je lui dis que ce n’est pas très gentil. Vincent s’éloigne et lui demande quel est son problème. Apparemment, on passe trop souvent par là. Voilà donc l’éternuement nouvelle arme fatale des clochards jaloux de leurs parcs. Autant vous dire, que c’est pas ici à Los Angeles qu’on va pouvoir se poser, lire, mettre ses petits doigts de pieds dans l’herbe et faire la sieste dans un parc.

Dès le lundi 27 avril, un début de déconfinement a lieu en Suisse. Les écoles prévoient une réouverture le 11 mai. On espère ne pas voir une deuxième vague de cas, obligeant un nouveau confinement cet été. A Los Angeles et Vancouver, le déconfinement semble encore loin, même si la situation peut rapidement évoluer.

Les parents de Vincent nous racontent qu’en Suisse le nombre de personnes cherchant de l’aide alimentaire, à Emmaüs ou autres associations est en très grande hausse. Dans les magasins, depuis le moment ou le déconfinement progressif à été annoncé, les gens semblent faire moins attention (26 avril).

Situation mondiale au 26 avril.
Situation aux USA au 26 avril.

Enfin, sinon tout va bien.

Chez nous, pendant le confinement.
(Jan Steen, The Dissolute Household, ca. 1663–1664, The MET)

Sources: Articles de Los Angeles Times, New York Times, BBC, La Liberté, ce que nous disent nos proches, wikipedia (chiffres pour la Suisse), COVID-19 Map (chiffres au niveau mondial), Business Insider (timeline).

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